Marc Tessier est né en 1962 à Drummondville au Québec. Aujourd’hui marié, père d'un petit garçon de 4 ans. Enfant, il lisait les recueils Spirou de sa mère et toutes les bandes dessinées qu’il pouvait trouver à la bibliothèque. Par la suite il s’est dirigé vers des études en cinéma, en se spécialisant dans la scénarisation, la réalisation et le montage-film. Après d'autres études en photographie, il a travaillé comme assistant-photographe puis photographe tout en poursuivant en parallèle une carrière de scénariste et d'éditeur en bande dessinée à Montréal à partir de 1987. Sa vie personnelle, ses voyages, ses amis et ses recherches sur les mythes et la spiritualité à travers le monde (Tao, zen, bouddhisme, soufisme, hindouisme, christianisme etc...) sont ses plus grandes sources d’inspiration.
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| bb..................Abinagouesh, dessinateur : Alexandre Lafleur |
1-Comment la BD a évolué au Québec ?
Depuis les années 90, après l’essor de l’humour via des magazines comme CROC ou SAFARIR, la bande dessinée d’auteur a fait une percée fulgurante au Québec. Des artistes comme Siris, Simon Bossé, Alexandre Lafleur, Henriette Valium, Hélène Brosseau, Denis Lord, Al+Flag, Richard Suicide, Caro Caron, Benoit Joly, Billy Mavreas, Julie Doucet et Stéphane Olivier ont révolutionné la BD d’ici en s’autopubliant et en créant une scène dynamique à Montréal dont la réputation a débordé nos frontières. Aujourd’hui, quand on parle d’auteurs comme Michel Rabagliati ou Jimmy Beaulieu, on parle toujours d’une BD d’auteur. Pour l’instant la BD d’auteur est la seule BD viable au Québec. Si avant il n’y avait aucun éditeur sérieux et qu’il fallait faire ce travail d’édition soi-même; aujourd’hui on compte des éditeurs prestigieux comme mécanique général, La Pastèque, Premières Lignes et Drawn and Quarterly (tous spécialisés dans la BD d’auteurs).
2-Est-ce que les bandes dessinées sont des ‘’produits’’ exportables ou certaines familiarités québécoises créent une barrière au niveau du langage ?
Les seules barrières sont la petitesse d’esprit et le manque de vision d’éditeurs frileux. Une série comme Magasin Général publié par Casterman engage Jimmy Beaulieu pour donner un aspect réaliste et québécois aux dialogues (puisque la série se déroule au Québec). De même, Michel Rabagliati a été approché par de grands éditeurs pour publier sa série en France. Ce qui est exportable, ce sont le talent de dessinateurs québécois comme Thierry Labrosse, Voro, Denis Rodier, François Miville-Deschênes et bien d’autres qui illustrent les scénarios d’auteurs européens et américains. Par contre des auteurs complet comme Rabagliati et Beaulieu se vendent très bien en Europe.
3-Vous avez beaucoup étudié la spiritualité à travers le monde, est-ce qu’Abiganouesh est un mélange de toutes vos recherches ? Parlez- nous de ce personnage ?
Abinagouesh était une série qui se voulait un croisement entre une philosophie amérindienne et taoïste née de l’étude et de l’observation de la nature. L’idée était de confronter divers personnages au racisme et à des cultures différentes et démontrer que l’ouverture d’esprit peut triompher en bout de ligne et que nous sommes tous des frères malgré nos différences.
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| Marc Tessier et Brahma |
4-En quelques lignes, en quoi consiste la conception d’une bonne bd ?
Intégrité, plaisirs, sagesse, intelligence d’exécution et idées. Une bonne BD c’est comme un bon film ou un bon livre. Ça doit être une histoire orginale et personelle qui, via les émotions ou les situations qu’elle aborde, transcende les barrières et est capable d’aller chercher quelque chose d’universelle qui touche le lecteur qu’il soit québécois, australien ou serbe (un bon exemple d’une BD universelle récente serait Persepolis de Marjane Satrapi).
5-Est-ce qu’il y a une bande-dessinée que vous auriez aimé en avoir été le scénariste ?
Il y a des BD’s qui m’inspirent comme celles écrites par Alan Moore (Watchmen, Promethea) ou Warren Ellis (Planetary). De même des livres comme Le Photographe (d’Emmanuel Guibert qui mélange photos et dessins) me stimulent les neurones! Tout m’intéresse en BD, de l’avant-garde à la BD de divertissement. En ce début de millénaire, le médium artistique le plus vivant et stimulant, ce n’est pas l’art contemporain, c’est la bande dessinée.
6-Vous enseignez la bande dessinée à l’université du Québec en Outaouais qu’est-ce qu’on apprend dans vos cours ?
À faire des récits avec une suite d’image. À concevoir et écrire des scénarios pour la bande dessinée et surtout, à développer chez l’étudiant une perspective unique et personelle de son art à travers le médium de la bande dessinée.
7-Quels sont les débouchés pour quelqu’un qui étudie la bande dessinée ?
Ici on parle de talent et de feu sacré. Si tu dessines bien, tu peux travailler pour les comics américains ou dessiner une série pour l’Europe. Si tu as envie d’être auteur et de faire tes propres récits, il faut t’armer de persistance et de patience. Pour n’importe quelle vocation artistique, le but n’est pas de faire de l’argent, on fait ça pour s’épanouir, comprendre le monde et mourir heureux.
8-Quels conseils donneriez-vous à ceux qui auraient le désir de se lancer dans la bande dessinée ?
Choisir sa voie : être artiste ou artisan? Un artisan travaille pour d’autres ( en tant qu’encreur, lettreur, coloriste, etc...), un artiste travaille par vocation, par passion. Il cherche à développer une vision de lui-même et de sa place dans le monde. Pour étudier, il existe le BAC en BD à l’UQO, des études en scénarisation et en cinéma dans les universités. Pour se lancer en BD, un auteur peut commencer par s’autopublier (faire une petite publication en photocopie). S’informer de la scène locale: qui sont les artistes connus, les éditeurs? Aller aux lancements.
La BD c’est un travail assez exigeant qui demande beaucoup d’implication et de temps. La meilleur façon de savoir si la BD sera une passion pour la vie, c’est d’en faire par soi-même. Si ça te donne du plaisir et ça te fait tripper, c’est peut-être un signe de poursuivre cette voie. Moi je fais de la BD depuis plus de 20 ans, ça m’a peut-être pas apporté la fortune mais ça m’a fait voyager à travers l’Europe; j’ai rencontré des artistes extraordinaires, j’ai appris à publier et faire la conception graphique de livres et aujourd’hui j’ai l’opportunité d’enseigner la BD. Comme disait le réputé expert en mythe Joseph Campbell: “Poursuis ce qui t’exalte!”.
Site web et blog:
www.marctessier.com
http://foretserpents.blogspot.com/
Recherche et édition Web : Julie Bertrand-Vilemure et Martin Boisvert
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