La rage de l'ange
Virginie Poirier
, 2006-05-15
 

Je suis allé voir le film La rage de l'ange de Dan Bigras. Pas facile d'être objectif avec la controverse qu'a causé sa sortie. Autant certains ont été touchés et bouleversés, autant certains ont reprochés à l'artiste de tomber dans les clichés et la superficialité et même de prendre trop de place dans le film.

Cri du coeur  

Il est évident que, dès le début, l'on reconnaît la touche de Dan, sa sensibilité et sa rage intérieure. Ce que l'on ressent surtout est son cri du cÅ“ur pour les enfants de la rue, cause qui le touche personnellement. Entre autres, une des chansons du film fut écrite après la mort par surdose d'un jeune du Refuge, dont il est le porte-parole,et qu'il connaissait («La rivière perdue» qu'il interprète avec Luce Dufault).

Mais cette compassion envers les jeunes de la rue vient surtout de son propre vécu et c'est ce qui fait l'élément touchant du film. Fils de deux psychanalystes, il fut élevé à  Montréal, dans un milieu violent dont le père était alcoolique. Il quitta le foyer à l'âge de 16 ans pour se rendre à Québec où il vivra dans la rue pendant 4 ans. Comme il le dit lui-même «Les trois personnages principaux suivent des trajectoires que je connais bien, la rue c'est mon univers» souligne Dan. 

L'histoire 

Le film commence lorsque les personnages principaux sont encore au primaire. On voit le milieu familial dans lequel ils vivent. Déjà à cet âge, on voit se dessiner ce qu'ils deviendront plus tard et ce qui les poussera dans la rue : une fille abusée par son père qui continuera de se faire abuser en devenant prostituée; un garçon battu par son père, qui se laissera détruire par sa rage intérieure et l'homosexuel abandonné par sa mère, qui se retrouve dans la rue pour la retrouver et pour suivre le gars dont il est amoureux.

Chacun s'y retrouve pour panser des blessures, pour survivre à la douleur. Car dans le film, la violence est dans la rue, mais c'est avant tout une violence intérieure que vivent ces jeunes. Le système de la rue, avec sa hiérarchie, ses codes et ses victimes, reflète le combat perpétuel des trois adolescents avec leur passé.  Et ce milieu impitoyable, on le montre bien dans La rage de l'ange. Mais ce n'est pas tant la dureté du milieu qui importe dans cet Å“uvre que le fait que le film
démontre ce que vivent réellement ces jeunes. Contrairement à d'autres films, dans lesquels on peut voir la rue comme un milieu cool, ici on ne cherche pas à l'idéaliser. Avec la nouvelle tendance qui est au gangstérisme (le rappeur 50 cents, .), La rage de l'ange nous montre la violence de la rue et son combat perpétuel. Par exemple, lorsque la travailleuse social demande à Lune si elle a plusieurs zéro à son compte de banque ou si il est à zéro faisant référence à ceux qui se prostituent soi-disant parce que c'est payant. 

Bref .  

. c'est un film avec certainement des défauts, mais qui prend toutes ses qualités en étant le porte-parole de ces jeunes blessés qui continuent de vivre dans la violence et qui ne connaîtront peut-être pas d'autre chose de leur vie. Il nous permet de changer notre regard sur ces jeunes que l'on croise constamment dans la rue. Ce sont eux aussi notre avenir ... et si ce film peut sensibiliser les gens à leur cause, voilà sa vraie richesse.  

Recherche et texte : Virginie Poirier