Entrevue avec un jeune auteur.
, 2006-06-29
 

Mais qui est donc ce prolifique adolescent? Il s'appelle Louis-Émile Ambourhouet-Bigmann, il est né le 22 octobre 1989 à Libreville, au Gabon. Il commence l'école à Montréal, à l'école Iona de la CSDM en septembre 1994. Pour l'anecdote -qui en dit long sur le personnage - alors qu'il était enthousiaste et motivé au début, Louis-Emile refuse, après une semaine de cours, de retourner en classe. Motif : depuis cinq jours qu'il y va (il montre les doigts de sa main), il ne sait toujours pas lire tout seul le livre d'histoires que lui lit sa mère tous les soirs! Plus tard, le jeune homme vivra à Lyon et au Gabon. A l'automne 2003, il revient à Montréal avec sa famille. Plusieurs personnes leur ont recommandé l'école secondaire Saint-Luc, comme milieu d'enseignement multiculturel de qualité. Il est alors inscrit en 3ème secondaire et comme il s'ennuyait en classe, il s'est trouvé une activité tranquille... l'écriture d'un roman.    

Annette Lissajoux, directrice de la maison d'édition « Paroles écrites » à Poitiers en France, est fascinée par son travail. Elle a rencontré le jeune homme à l'école Saint-Luc, dans le cadre d'un autre projet littéraire. Elle découvre alors la sensibilité de Louis-Émile, la puissance de son imagination, la profondeur de la trame et un certain modernisme qui rappelle les aventures d'un Harry Potter. La différence est que, cette fois-ci, un jeune écrit pour des jeunes. Les personnages évoluent dans un univers magique, mais les qualités de la jeunesse que sont la franchise, le désir de s'épanouir, l'aspiration à liberté et la soif de connaissances, imposent, et de loin, la véritable dynamique du livre. L'Å“uvre de Louis Émile Ambourhouet-Bigmann est disponible en librairie depuis le 6 juin.

QJcom: Comment as-tu commencé dans l'écriture ? D'habitude, je réponds très cérémonieusement que suite à mes nombreuses lectures qui ont suscité chez moi une profonde admiration à l'égard des auteurs, j'ai décidé d'écrire mon propre roman pour ajouter mon nom à la liste de ces illustres personnages. Mais la véritable histoire est beaucoup moins sérieuse. Quand j'étais jeune (je le suis toujours, mais je parle de ma préadolescence), je lisais énormément et je posais un regard très critique sur ce qu'écrivaient les autres. Un beau jour, ma mère, exaspérée de m'entendre déblatérer sur les Å“uvres des autres m'a demandé si j'étais capable d'en faire autant. Orgueilleux, j'ai aussitôt répondu que oui, j'en étais capable et ai même proposé de m'y mettre sur-le-champ. L'orgueil cédant peu à peu sa place à la passion, je ne me suis jamais arrêté, depuis.

QJcom: Qu'est-ce que tu as lu dernièrement ?Paradoxalement, j'ai cessé de lire en commençant à écrire. En dehors des incontournables tels Harry Potter et quelques séries du même genre comme Les Chevaliers d'Émeraude, je ne lis plus que quelques bandes dessinées ou des romans réservés à un très jeune public que ramène mon petit frère de la bibliothèque de son école.

QJcom: Peux-tu résumer l'histoire que tu racontes ?
Ça, c'est pour moi LA question piège. Ceux qui ont lu mon roman le résume très facilement en parlant d'un récit d'action fantastique
se déroulant dans l'Égypte antique. À chaque fois que j'entends cette phrase, j'ai un petit pincement au cÅ“ur. C'est donc si peu à leurs yeux ? Tout le monde ne voit que ça ? Tout commence lorsque le prêtre Anadin, frère du pharaon Akunumkanon, découvre un coffre en or qui aurait été dissimulé dans les fondements d'un temple à une époque difficilement déterminable. Alors qu'il réalise l'importance de sa découverte au palais en compagnie de Pharaon, il doit interrompre sa lecture car le prince héritier du trône, Aramosis, vient juste de naître. L'histoire reprend quatorze ans plus tard. Suite à deux attaques menées par un mystérieux groupe de magiciens appelés les Nécromages, le prince Aramosis fait la connaissance des trois Gardiens de Lumière auprès desquels il entamera un long apprentissage de la magie. Un lecteur un tant soit peu rigoureux aurait pu vous en dire autant, mais en tant qu'auteur, j'ajouterais que ce résumé n'est que le fond de la toile de ce récit qui relate d'abord et avant tout une rencontre, la naissance d'une amitié ainsi que les difficultés d'apprivoisement de l'autre, une histoire d'amour, une guerre millénaire et de nombreux tourments des plus actuels. 

QJcom: Pourquoi avoir choisi l'époque des pharaons ?
À ceux qui me posent la question, je réponds habituellement « pourquoi pas » ? Les gens s'imaginent qu'il y a toute une logique derrière ce choix, mais vous allez voir que ce n'est pas le cas et qu'il s'agit surtout d'un concours de circonstances. Primo : à l'époque où j'ai commencé à écrire le roman, je lisais un manga (bande dessinée japonaise) intitulé Yu-gi-oh ! dont le personnage principal réalise qu'il a une double personnalité et que son autre lui était un prince dans l'Égypte antique. Secundo : après avoir lu près d'une trentaine de volumes du manga cité plus haut, je n'en savais pas beaucoup plus sur l'Égypte antique mais j'avais au moins envie de me renseigner. Je me suis donc retrouvé au moment d'écrire mon roman avec une certaine connaissance de cette civilisation antique que j'ai par la suite approfondie. J'ai même appris à écrire mon prénom en hiéroglyphes ! (Dommage. Il n'y pas ces symboles sur mon clavier). Tertio, qui est la raison la plus sérieuse : juste avant de commencer à écrire, je me suis demandé si mon histoire se passerait dans le passé, le présent ou le futur. J'ai aussitôt rayé le présent, notamment parce que la description n'est pas mon point fort. Le futur m'attirait et m'effrayait à la fois. Il m'attirait pour la totale liberté qu'il offrait et m'effrayait pour la même raison ! Pour mon premier roman, je voulais pouvoir m'appuyer sur certains acquis alors que dans le futur, tout était à bâtir et à imaginer. Il ne me restait donc plus que le passé, paradoxalement entre le présent et le futur ! Je disposais de tout l'espace dont j'avais besoin tout en ayant l'histoire comme garde-fou !

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QJcom: Comment t'es-tu documenté ?
Sur Internet. Sachant qu'à peu près n'importe qui pouvait écrire n'importe quoi sur le Web, j'ai pris en note les informations les plus pertinentes et les vérifiais systématiquement sur d'autres sites. Quand la même information revenait trois à quatre fois, je la déclarais valide. Je dois dire que j'ai eu de la chance de tomber sur un gros site des plus sérieux intitulé «Tout sur l'Égypte antique» qui porte si bien son nom! Je ne suis même pas sûr d'avoir lu toutes les pages tellement il y en a !

QJcom: Comment as-tu été publié ? Ma professeure de français, Madame Lucie DesRuisseaux, avait appris par l'intermédiaire de mes parents que j'écrivais un roman. Elle en a alors avisé la direction par le biais de Madame Carole Amédée. Quelques temps plus tard, l'école recevait la visite d'une éditrice, Madame Annette Lissajoux. Elle a eu vent de mon projet et a demandé à voir le manuscrit ainsi que son auteur. Je ne sais pas lequel des deux lui a le plus plu, mais elle a aussitôt embarqué !      

QJcom: Quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui désirent se lancer dans la littérature ?
Mon premier conseil serait de ne pas écouter trop de conseils, justement! En croyant bien faire, notre entourage nous fait une foule de recommandations que je vois surtout comme des barrières. Chacun doit y aller comme il le sent. Il n'y a pas de recette toute faite. Autre chose, il n'y pas de profil type d'auteur. Ne vous dites jamais que vous n'en serez jamais un parce qu'il vous manque ceci ou cela. Des mauvaises langues disent que j'écris très mal (j'ai une calligraphie originale, c'est tout !). Et bien ces mêmes personnes m'ont complimenté sur mon style après avoir lu mon roman. Et je sais différencier un compliment d'une flatterie. Enfin, cesser d'y penser et faites-le. Un stylo et un paquet de feuille, je pense que ça rentre dans la plupart des budgets. Pourquoi est-ce que les romans pour jeunes seraient toujours écrits par des adultes. On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Allez, à vos plumes ! 

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QJcom: Quels sont tes futurs projets littéraires ?
Tout d'abord, je compte finir la saga Les gardiens de lumière. Puis, je crois que je vais m'orienter dans la science-fiction. Ensuite, je me suis juré d'écrire un roman policier dans ma vie après avoir lu Dix petits nègres d'Agatha Christie. Mais mon plus grand rêve serait de devenir scénariste et de voir mes Å“uvres projetées au grand écran.

QJcom: Quel est ton but en écrivant ? Hum.Bonne question. Je pense que je n'en ai pas. L'écriture, c'est un besoin pour moi. Je n'ai pas besoin de but pour continuer à écrire. 

QJcom: Quel message veux-tu envoyer aux autres jeunes ? Je n'ai jamais cherché à envoyer un message à qui que ce soit car je ne me suis jamais cru habilité à le faire. Dans mon roman, j'ai donné implicitement mon point de vue sur divers aspects des relations humaines en mettant l'accent sur l'amour et l'amitié. L'histoire reflète donc mon opinion sur ces sujets, qui à défaut d'être un message, donnera à réfléchir.

QJcom: Où te vois-tu dans quelques années ? J'espère être encore aux études, même si je veux continuer à écrire. Je ne dirais rien de plus car nul n'est à l'abri des aléas de la vie.

Martin Boisvert de QJcom a rencontré Louis-Émile Ambourhouet-Bigman.

QJcom: Quelles actions concrètes ont fait la CSDM, l'Ambassade du Gabon et l'Agence universitaire de la francophonie pour t'appuyer dans ton projet littéraire ? L'Ambassade du Gabon et l'Agence universitaire de la francophonie m'ont surtout honoré de leur présence le jour de mon lancement. C'est vraiment le personnel de la CSDM qui m'a apporté son appui inconditionnel dans la réalisation du projet. Je cite à nouveau Madame Carole Amédée et Madame Lucie DesRuisseaux, sans parler des intervenants qui sont restés dans l'ombre et que je tiens à remercier, sans oublier la bourse de 500 dollars remis à l'école pour financer le lancement. 

       

Recherche, entrevue et webédition: Martin Boisvert    Photos: M. Boisvert et Virginie Poirier

Remerciements à Jan Ravensbergen et Marie-France Coallier du quotidien The Montreal Gazette.