Une note d'espoir pour des jeunes.
2007-01-02
 

Noel Centre jeunesse de Montreal

Le pianiste Alain Lefèvre est un incontournable dans l’univers de la musique classique, autant au Québec que sur la scène internationale. Le 21 décembre dernier, il a joué devant un public spécial à ses yeux : les jeunes de la Cité des Prairies, une institution du Centre jeunesse de Montréal. L’histoire d’amour entre lui et les jeunes en difficulté remonte à 2003. À cette époque, l’artiste entend parler du centre de réadaptation et se sent interpellé par ces adolescents dont le vécu est marqué par la violence, les conflits familiaux et le rejet. D’année en année, Alain Lefèvre a créé une relation authentique avec les jeunes et les intervenants. C’est ainsi que le pianiste est devenu «l’Ami de Cité des Prairies».

 

Humaniste

Alain ne s’en cache pas, les jeunes de Cité des Prairies sont en quelque sorte ses chouchous et c’est d’ailleurs la quatrième fois qu’il leur rend visite. «Moi c’est la troisième fois que je le vois, confie Daniel, un jeune touché par la fidélité de l’artiste. Je suis content car c’est l’une des seules personnes qui vient nous voir à chaque année.» Il n’est pas le seul à apprécier la venue d’Alain Lefèvre. En ce jeudi après-midi, l’auditorium de CDP est bondé d’adolescents (entre 15 et 18 ans) et d’intervenants attentifs et obnubilés par les propos, l’aura d’amour et la musique classique du pianiste. Ce n’est pas vraiment un spectacle qu’offre l’artiste, mais plutôt une sorte d’échange entre un humaniste et des jeunes cherchant une raison de croire, de ne pas sombrer dans la drogue, la délinquance et le désespoir.

 

«Je suis ici pour vous dire que je vous aime», lance spontanément Alain après avoir interprété une pièce du Concerto de Québec du regretté André Mathieu qui, tout comme lui, a eu une enfance difficile. L’artiste se confie sans pudeur et parle de ses blessures si profondes qu’elles affectent encore ses nuits, d’où le titre de son dernier album (gagnant à l’ADISQ) «Fidèles Insomnies». Son histoire tourmentée rejoint beaucoup celle des jeunes à qui il s’adresse et c’est pourquoi il tient à leur donner de l’espoir, leur rappeler qu’il faut transformer les blessures en positif, en élément propulseur. C’est d’ailleurs ce qu’il fait par le biais de la musique et de ses tournées de sensibilisation dans les écoles: «Je me promène dans les écoles depuis vingt ans, car je me sens proche des jeunes. Je m’adresse aussi au système pour qu’il comprenne l’importance pour les jeunes d’avoir accès à l’art. Ça fait oublier bien des problèmes.»

 

Climat de confiance

Éducateur depuis 15 ans à Cité des Prairies, Patrice Fombelle est heureux qu’un artiste de la trempe d’Alain Lefèvre ose pénétrer les murs de l’établissement pour aller à la rencontre des jeunes. «À chaque fois qu’il vient ici, un climat de confiance s’installe. Il revient parce qu’il a été touché par l’écoute et la grande sensibilité des jeunes. C’est une admiration réciproque qui les unit. Les jeunes ont développé un sentiment d’appartenance qui aide à leur développement» soutient l’intervenant. Carl a quitté la Cité récemment, mais il tenait à être là pour voir son ami Alain. Lui-même artiste (il fait du hip-hop), l’adolescent a une relation privilégiée avec le pianiste: «Il connaît toute ma vie, par où je suis passé. Je me confiais à lui et nous avons maintenant une relation amicale. J’aime sa franchise et sa sensibilité.»

 

Solitude

Alain Lefèvre est vraiment là pour les jeunes. Voilà près de trois heures qu’il alterne entre les touches du piano et le micro, transmettant autant d’amour et d’espoir dans ses interprétations que dans ses interventions. «Les plus belles révolutions ce sont les révolutions d’amour», affirme-t-il avec sincérité avant de s’asseoir pour une dernière fois au piano. À la demande d’un jeune, il joue Solitude, une de ses compositions, un morceau touchant dans lequel on peut sentir toute la vulnérabilité et la sensibilité de l’artiste. La musique fait son œuvre, touche le cœur de tous et particulièrement  celui d’un jeune qui, complètement bouleversé, monte sur la scène à la rencontre de l’artiste pour le remercier de sa présence, de son amour. Submergé par l’émotion et par de douloureux souvenirs, l’adolescent pleure à chaudes larmes dans les bras d’Alain Lefèvre. L’artiste l’accueil dans sa souffrance, tel un frère, un ami.

 

Alain Lefevre

Tous les profits de la soirée seront versés au projet «Art et Culture» de Cité des Prairies.

Cité des Prairies est un centre de réadaptation du Centre jeunesse de Montréal-Institut universitaire qui reçoit en internat et en externat près de 270 adolescents présentant de graves problèmes de comportement ou de mésadaptation sociale. Certains font l’objet d’une mesure de détention provisoire, de garde fermée ou de garde ouverte dans le cadre de la Loi sur les jeunes contrevenants et d’autres font l’objet d’une intervention en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse. 

 

Fondation Centre jeunesse de Montreal

 

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Alain Lefèvre a été initié au piano par son père alors qu’il avait quatre ans. Depuis, pas une seule journée ne passe sans qu’il ne touche à son instrument. Le talentueux pianiste a fréquenté les écoles de musique dont le Conservatoire de Paris, a remporté les honneurs lors de prestigieux concours et a laissé sa trace à chacune de ses apparitions. Accompagné par différents orchestres, l’artiste effectue une série de concerts à travers le monde puis fait ses débuts à Montréal. Après avoir interprété les pièces des plus grands compositeurs (Mozart, Chopin, Brahms, Bach, Wagner, Liszt), il se met à composer et enregistrer ses propres morceaux. Son talent est acclamé et reconnu autant par les critiques que par le public d’ici et d’ailleurs.


Pour en savoir plus sur l'artiste, visite son site officiel en cliquant sur l'image ci-dessous



 
Texte : Maritza Pelchat          Webédition : Virginie Poirier