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Elle aménage un jardin au Mali                                                                                                                                                  

En vivant 75 jours dans un hameau de 150 habitants au Mali, Christine Stringer-Trahan a appris l'humilité. (Photo - Christine Stringer-Trahan)

"On surconsomme tellement. C'est ridicule", s'exclame la Châteauguoise de 21 ans.

S'imprégner de la culture malienne et de la ténacité des 1500 habitants de son village d'adoption de Samorolé, à environ 200 km de la capitale Bamako, a été pour elle un acquis indéniable. "On pense qu'on s'en va là-bas pour sauver le monde, dit Mme Stringer-Trahan, qui travaille à la maison des jeunes l'Équinox de Sainte-Catherine. Mais dans le fond, par leur humilité, ils nous apprennent plus qu'on leur apprend."

C'est le goût de voyager qui l'a poussée à entreprendre ce bénévolat. Pour s'y préparer, elle avait vécu quatre fins de semaine de formation avec le Carrefour canadien international. Les ateliers lui avaient permis d'être davantage objective vis-à-vis la réalité des Africains et d'atténuer le dépaysement culturel.

Qu'à cela ne tienne, à son arrivée "à l'aéroport de Bamako, ç'a été un choc", lance-t-elle. Exceptés les autres travailleurs humanitaires, elle était la seule personne de race blanche à l'horizon.

Sa première semaine en a été une d'adaptation, où elle a eu ses premières leçons d'agronomie et de bambara, la langue parlée par la population.

Après trois heures de route, elle a fait connaissance de sa famille d'accueil à Samorolé. Elle a tout de suite été frappée par ce qui allait lui servir de maison. Plusieurs huttes en terre cuite chapeautées d'un toit de pailles étaient disposées en cercle. Dans chaque regroupement appelé concession, vivait un clan du village qui s'avérait être une famille élargit. Dans la sienne, se trouvaient 15 enfants de 0 à 12 ans, des femmes et des hommes adultes. Le chef de cette concession était un homme de 71 ans qui y demeurait avec ses deux femmes, celles de son frère décédé, et leur progéniture.

Une des huttes servait à faire la cuisine et d'autres, à dormir. Parmi l'une d'elles il y avait sa chambre dans laquelle elle mangeait à tous les jours seule.

Les liens créés avec les enfants du village sont des souvenirs précieux pour celle qui venu y aménager un jardin. (Photo - Christine Stringer-Trahan)

L'attraction du village


En plus de devoir s'adapter à une nouvelle routine les premiers jours, elle était l'attraction de son clan. "Ils m'observaient tout le temps, relate la jeune femme. Tellement, que tu as envie de te cacher."

Les regards provenaient davantage des enfants qui étaient en contact pour la première fois avec une blanche aux yeux clairs et aux cheveux châtains. "Je faisais mon lavage et ils venaient à côté de moi pour m'observer", détaille-t-elle, en mimant un bambin l'observant, les mains jointes.

Une journée typique commençait vers 7 h. Elle se levait et faisait sa toilette. La douche matinale était obligatoire, car elle était préalable à la prière et à la présentation devant les autres. Son déjeuner consistait à une bouillie à base de maïs, de riz et de mil.

Puis, de 9 h à 11 h, elle aménageait le jardin avec son groupe de Canadiens composé de sept femmes et de trois hommes âgés de 18 à 24 ans. Pendant que les plus forts d'entre eux labouraient

la terre avec un boeuf, les autres formait les sillons. Ils ont planté des semis de tomate, de chou et d'aubergine, en plus d'installer un muret de 25 m par 25 m entourant le potager. Chaque jour, un villageois différent travaillait avec eux de manière à ce que la communauté puisse prendre la relève.

Mme Stringer-Trahan revenait vers midi pour dîner. On lui servait soit un plat de pâtes avec sauce tomate, soit un de riz avec sauce d'arachide ou soit un de pomme de terre cuite lui était servi.

Une chaleur accablante
L'après-midi, elle était libre de faire ce qui lui plaisait. Comme il faisait 40o Celcius, il n'était pas question de travailler au jardin. Elle jouait plutôt avec les enfants en leur faisant des grimaces, tentait, tant bien que mal, de se faire comprendre par les femmes ou se retrouvait avec les autres Canadiens pour partager ses frustrations vis-à-vis le comportement des Maliens. "Ça prenait ça pour évacuer", explique celle qui se défoulait aussi en écrivant dans son journal de voyage.

Le soir, elle s'occupait en aidant les femmes de sa concession à moudre la farine de maïs avec le pilon et le mortier ou en enlevant les écailles des arachides.

"Tout le temps que j'étais là, je n'ai jamais entendu quelqu'un se plaindre, affirme la jeune femme, visiblement impressionnée par leur ardeur au travail. Nous, on se plaint pour aller à l'école alors que là-bas, ils rêvent d'y aller."

Petit à petit, elle a commencé à se fondre dans la communauté. Dès le deuxième mois, le jardin nécessitait peu d'entretien et elle a tissé des liens avec sa famille adoptive. "Ce qui me revient, ma relation avec les enfants, se souvient celle qui a été touchée par la chaleur du peuple. Je me disais : si je peux rendre quelqu'un heureux par jour, je suis contente."

Elle a remarqué comment la population était attentif à la hiérarchie selon l'âge. "Il y avait un respect pour les vieux", note-t-elle.

La travailleuse humanitaire a cependant trouvé difficile l'imposition de l'ordre. Elle se souvient d'avoir été témoin d'une violente dispute entre un homme de 23 ans et une fille de 16 ans. "La fille s'est mise à hurler, se remémore-t-elle. Il l'a traînée par le bras dans une concession et lui a sacré une volée." Une vieille femme les regardait, supervisant, en quelque sorte, la correction.

Bien qu'elle ait été choquée par l'événement, elle s'est fait expliquer que cela n'était pas mal vu de frapper quelqu'un. "Ça fait partie de leur éducation", dit-elle.

Cet événement ne l'a pas empêchée de vivre un moment émouvant lorsque le groupe de travailleur humanitaire a remis symboliquement le jardin au village de 150 personnes. "Mon père de famille s'est mis à pleurer en parlant de nous, se rappelle-t-elle. Je ne savais pas à quel point il était content qu'on soit là. Il avait l'air tellement heureux, c'était touchant."

L'expérience, qui s'est terminée à la mi-août, l'a marquée. "J'ai appris à connaître mes limites, à développer ma patience et à m'adapter. Mais surtout, on a appris à rester plus humble, plus terre à terre", conclut-elle.

Texte de Guillaume Poulin-Goyer                                                                                                                                       

Tiré du journal 

Recherche et webédition : Virginie Poirier



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