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Destin choisi ou subi, un nombre croissant de jeunes Japonais ont des emplois précaires. Un chantier auquel devra s'attaquer le nouveau premier ministre, Shinzo Abe.

Posté à un carrefour du quartier branché de la gare de Shibuya, à Tokyo, Akinori est un homme- sandwich. Cheveux décolorés, jean troué que l'on devine sous la pancarte publicitaire d'un magasin de disques voisin, il distribue inlassablement des prospectus. Ce soir, il rejoindra la supérette 7-Eleven, ouverte 24 heures sur 24, pour assurer les heures de nuit. Car Akinori est un « freeter ». Un néologisme formé à partir du terme anglais free (« libre ») et du mot allemand Arbeiter (« travailleur »), apparu à la fin des années 1980 et qui désigne les jeunes de 15 à 34 ans vivant de petits boulots, en intérim ou à temps partiel.  

Employés permanents à des postes temporaires, pourrait-on dire. Des jeunes que l'on estime à un peu plus de 4 millions parmi les 15-34 ans, qui, à l'origine, refusaient de rentrer dans la norme dans une société japonaise assez rigide et compétitive. Mais, crise des années 1990 aidant, pour beaucoup, le choix est désormais subi. Selon les estimations, les freeters représentent un jeune actif sur cinq, dont les revenus se situent entre 100 000 et 200 000 yens par mois (entre 600 et 1 200 euros). Soit environ un tiers de ce que gagne un salarié ordinaire au Japon.  

Certains ont effectivement fait ce choix, mais d'autres aimeraient aujourd'hui revenir à une certaine forme de stabilité. Sans que l'Archipel puisse leur offrir cette sécurité. Dans un Japon qui aime à rappeler qu'il a définitivement tourné le dos à la « décennie perdue » et affiche désormais une kyrielle

de bons indicateurs - en matière de croissance, d'investissements, de consommation ou d'emploi -, le phénomène prend assez d'ampleur pour faire régulièrement la une des médias.  

D'autant que si les années 1990 ont été celles des freeters, les années 2000 sont celles des neet, un autre acronyme pour « Not in Education Employment nor Training » (« ni employé, ni étudiant, ni stagiaire »). Ils ont aussi entre 15 et 34 ans, sont célibataires, vivent chez leurs parents, ne travaillent pas et ne cherchent pas d'emploi, à la différence des freeters.  

Selon, les plus récentes statistiques ils seraient 850 000 et représenteraient 2,5 % des 34 millions de jeunes. Et devraient atteindre « le million d'ici à 2010 », selon Takashi Kadodura, le chef économiste de l'institut de recherche Dai-Ichi Life.  

Une «clochardisation» inquiétante  

« Des jeunes mâles apathiques et paresseux », « enfants gâtés » ou « parasites de la société », peut-on ­lire ou entendre ici et là, par opposition aux jeunes filles, plus sérieuses, ou aux seniors, qui n'hésitent pas à repousser la date de leur départ et à réduire leur salaire pour tenter d'endiguer le problème des retraites dans un Japon vieillissant. Des « adolescents déboussolés, dont le refus ou l'incapacité de travailler sont une forme de rébellion contre une société élitiste et ultra-compétitive », écrit le chercheur Yugi Genda.  

Pas si simple. Près de la moitié d'entre eux, sans qualification, ne pourra pas s'insérer dans la société. Et n'ayant jamais travaillé, ils ne toucheront pas de chômage non plus. Cette « clochardisation » de ces jeunes commence à inquiéter, d'autant que le taux de pauvreté au Japon en 2005, tel que défini par l'OCDE, atteignait 14 %. Trois fois plus qu'au Danemark ou en Suède.  

Le gouvernement a bien mis en place certaines mesures, mais « si ce phénomène n'est pas mieux pris en compte, relève un autre économiste du Japan Research Institute, cela pourrait avoir un impact négatif sur la croissance, compte tenu de notre faiblesse démographique. En outre, il faudra payer une protection sociale à ces jeunes, alors que ce sont eux qui devraient contribuer à alimenter nos caisses de retraite ». Par ailleurs, ils « pourraient être tentés de verser dans le crime ou la drogue », poursuit-il. Et ce serait là un vrai problème pour un Japon si fier d'avoir été relativement préservé jusqu'à présent.

Texte tiré de

 

 

Tu veux en savoir plus sur les jeunes japonais et ce qu'ils vivent ? Voici deux super textes que QJCOM te recommande:

Japon : La fin d'une ère, le désarroi des adolescents                                                                                         

Au Japon, une jeunesse ultraviolente ?                                                                                                                                      

Rechercher et webédition : Virginie Poirier



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