
Quand Kimveer Gill a fait irruption au Collège Dawson une arme à la main, il y a quelques semaines, tout le Québec a été sous le choc. La plupart des chaînes de télévisions nationales, TVA en tête, ont proposé un programme en direct de Montréal. Pour le Québec, ce drame n'a rien d'anecdotique : le pays partage une frontière avec les États-Unis, qui ont régulièrement affaire à des tueries comme celle de Colombine (1999). De plus, l'acte meurtrier est même plutôt traumatisant à l'heure où le débat sur le registre des armes à feu est relancé par Steven Harper, Premier ministre du Canada. Pour autant, la portée de ce fait divers peut sembler dérisoire. La fusillade n'a fait qu'une seule victime. Elle est aussi le résultat d'une décision irréfléchie de la part d'un individu manifestement déséquilibré. Pourquoi donc la société actuelle accorde-t-elle tant d'importance aux problèmes de sécurité ?

Cinq morts, en quinze ans. En août 1992, Valéry Fabricante ouvre le feu sur cinq de ses collègues à l'université Concordia à Montréal. Quatre d'entre eux décèdent. Mercredi 13 septembre 2006, Anastasia De Sousa s'écroule sous les balles d'un jeune Montréalais. Depuis le drame, tous les établissements scolaires du pays se posent la question de renforcer les contrôles de sécurité à l'entrée des bâtiments. Pourtant, les spécialistes sont formels : la société n'a jamais été aussi sûre. Et le Québec connaît un taux d'homicide particulièrement bas.
Le sociologue Jean-Jacques Simard est catégorique : « La société est beaucoup moins violente qu'avant. Au XIXe siècle en Europe, la ville était cernée par des portes, tout simplement parce que les rues étaient de véritables coupe-gorges. Il y a quarante ans, on se battait encore beaucoup à coups de poing. Aujourd'hui, tout ça n'existe plus. En fait, la criminalité est en baisse depuis dix ans en Amérique du Nord. »
Une société qui a peur

Pourtant, les préoccupations sécuritaires n'ont jamais été aussi prégnantes dans les sociétés occidentales : développement de la surveillance par caméras, détecteurs de métaux, contrôles de police accrus.Tout autant de recours à la technique pour se protéger d'autrui. Alors que tout est plus sûr, la violence devient de moins en moins supportable. Un paradoxe expliqué par Jean-Jacques Simard : « La Révolution française par exemple, a eu lieu non pas à cause de la dureté du régime monarchique, mais bien parce que celui-ci a relâché la pression. En donnant plus de droits aux cerfs, le roi a créé du même coup des nouvelles attentes de leur part, et a rompu l'équilibre social. » Un mécanisme bien humain que la psychosociologie a désormais nommé « Théorie de la privation relative ».
La liberté créé l'angoisse
Dès lors, dans une société démocratique au cadre social établi, une fusillade comme celle de Dawson fait tache. Mais pour Jean-Jacques Simard, la violence est naturelle à chaque société : « La liberté que nous possédons aujourd'hui provoque une situation d'angoisse mieux supportée par certains que par d'autres. Le sentiment d'aliénation est le propre des sociétés de masse. Cela peut entraîner dépressions, détresse psychologique ou agressivité ». Hors de question cependant pour ce professeur de sociologie de justifier l'acte de Kimveer Gill. Selon lui, le jeune homme était victime de pathologies graves, et s'est directement attaqué au symbole le plus fragile de la société : l'école. « Ses gestes ont été faits dans le but de trouver un retentissement médiatique. C'est comme un enfant en quête de reconnaissance qui pense que s'il se tue, ses parents seront tristes. »
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Jean-Jacques Simard est professeur de sociologie à l'Université Laval, à Québec. |
« D'ici quelques semaines, on n'en parlera plus!»
Sans minimiser l'impact émotionnel de la mort d'Anastasia de Sousa et son tueur, la fusillade du collège va probablement disparaître des unes de journaux. Jean-Jacques Simard va plus loin. « Dans quelques semaines, on n'en parlera même plus, à moins que le gouvernement s'en mêle. La mort de la jeune étudiante, ça fait de la copie. » Loin d'être politiquement correct, le sociologue dénonce la folie médiatique autour de l'événement. Pour lui, avec les années, les fusillades de ce genre vont probablement diminuer. Reste à s'habituer aux nouvelles formes de violence (terrorisme, prises d'otages, fusillades), même si celles-ci restent exceptionnelles. Comme le souligne Jean-Jacques Simard : « On comprend un jaloux qui tue sa femme, alors pourquoi pas Kimveer Gill ? »
Textes : Marie Maurisse, étudiante française à l'Université de Laval
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Recherche, texte et webédition: Stéphanie
grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.






