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Liban en paix

Le Liban est un pays qui a connu plusieurs guerres au cours de son histoire. Depuis le 12 juillet 2006, dure le conflit armé qui l’oppose à Israël. Après une brève trêve suite à l’intervention de l’ONU, le 15 août dernier, voici que les violences ont repris de plus belles. Ce pays, qui était autrefois un havre de paix et un rendez-vous touristique international, est confronté actuellement à une grave crise politique entre le gouvernement, composé en majorité de ministres anti-syriens, et le Hezbollah, qui soutient la Syrie. La cause? L’assassinat du ministre de l’Industrie, Pierre Gemayel, le 21 novembre dernier. Celui-ci affichait clairement ses couleurs anti-syriennes. De plus, cet assassinat survint la veille d’une grande fête nationale : l’indépendance du pays!  Hasard ou provocation?

Afin de mieux comprendre ce conflit,
voici un texte, Guerre et paix au Liban dans lequel, l’Action Solidarité Tiers Monde (ASTM) s’est entretenue avec Joseph Tohmé, un libanais qui habite maintenant à Paris et qui est un membre actif de l’organisation. Le texte date de 1996, mais il explique clairement les origines du conflit. Il sera suivi d’une seconde entrevue sur la situation actuelle, réalisée en septembre dernier.



Le Liban

Bp : Joseph Tohmé, peux-tu nous situer brièvement le Liban?

Joseph Tohmé : Le Liban est un petit pays qui fait 10,425 kilomètres carrés. En longueur, cela fait 220 kilomètres, le point le plus large fait 60 kilomètres. Ses frontières ce sont la mer Méditerranée à l'ouest, l'État d'Israël au Sud et à l'est, c'est la Syrie.

Géographiquement, il est formé d'une bande littorale qui est large de 5-7 kilomètres, d'une première chaîne montagneuse, de la vallée de la Beka et finalement d'une deuxième chaîne montagneuse. Ce petit pays est donc relativement difficile d'accès. Il a deux grands et puissants voisins, Israël et la Syrie.

Les Acteurs

La Syrie

Bp : Le processus de la paix au Liban est assez compliqué, il y a beaucoup d'acteurs. Commençons donc par la présentation des différents intervenants dans cette région.

J.T. : Aujourd'hui, je dirais qu'il y a deux acteurs principaux: l'État d'Israël et la Syrie. Tout le reste, ce sont des subalternes à ces deux puissances.

Bp: Les Syriens, où sont-ils présents et quels sont leurs intérêts au Liban?

J.T. : Les Syriens sont présents physiquement à peu près de 30 à 40.000 soldats sur le territoire libanais. Ils sont là non en tant que force d'occupation légale, mais en tant qu'accord politico-militaire avec le Liban. Ils sont sur 70% du territoire libanais. Leur intérêt est surtout économique et politique. Le Liban est une carte politique dans la négociation du Moyen-Orient pour la Syrie et économique parce que c'est un lieu qui peut rapporter pas mal d'argent, surtout au régime en place en Syrie.

Bp : Le fait que le Liban est aussi un pays qui a deux ports importants joue certainement.

J.T.: Dans le temps, cela jouait beaucoup, mais aujourd'hui la Syrie a fait construire le port de Ladhiqiyah, qui se trouve au nord du Liban, en Syrie et qui prend de l'importance. Beyrouth n'est plus un lieu de passage obligé et vingt ans de guerre ont fait qu'il y a d'autres ports dans la région qui ont vu le jour et qui prennent de la place.

Israël

Bp : Où est-ce qu'Israël est présent et avec quels intérêts?

J.T. : Israël occupe 11% du territoire libanais depuis 1978. C'était l'opération Litani. La résolution 425 des Nations-Unies a condamné Israël pour cet acte et l'invite à quitter le territoire libanais. Pourtant, elle ne l'a pas fait. Depuis elle a mis en place une milice qui s'appelle "L'armée du Liban Sud" qui est payée, armée et formée par les Israéliens pour garder les frontières. Les intérêts d'Israël sont aussi politiques dans le jeu régional et je dirais également économiques. Israël, si on considère qu'il va y avoir une paix dans la région, a intérêt que le Liban ne soit pas un pilier économique très fort car il pourrait être un concurrent.

C'est pour cela que nous pensons que durant la dernière opération "raisins de la colère", l'infrastructure libanaise a été durement touchée. Cela n'avait rien de militaire. C'était simplement pour ne pas permettre au Liban de se redresser sur le plan économique.

Bp : Pourquoi Israël a-t-il occupé le sud du Liban en 1978?

J.T. : Je fais des raccourcis historiques. En 1970 en Jordanie, le roi Hussein matte la résistance palestinienne dans le sang et la met à la porte. Ces gens se retrouvent dans le point le plus fragile de la région : le Liban. La résistance palestinienne au Liban a constitué une force militaire qui a amené la réaction Israëlienne, c'étaient les premières opérations militaires contre le Liban. Pour les Israëliens, c'est la présence palestinienne armée qui a été le déclenchement des opérations israéliennes vers le Liban. En 1982 les Palestiniens ont été mis à la porte du Liban, mais les Israëliens sont restés.



Hamas et Hezbollah

Bp : Deux autres acteurs présents dans la région, c'est le Hamas et le Hezbollah. Qui sont ces deux mouvements?

J.T. : Il y a un très grand amalgame dans la presse quand on parle de Hamas et de Hezbollah. Ce sont deux choses complètement différentes. Le Hamas est une organisation clandestine, militaire, à l'intérieur des territoires occupés et à l'intérieur d'Israël. Elle est financée en grande partie - et toute la presse le sait - par des fonds qui proviennent soit des Etats-Unis, soit de la Grande-Bretagne, soit des pays du Golfe. Du point de vue religieux, ce sont des musulmans sunnites. L'objectif du Hamas est d'arrêter le processus de paix et de récupérer la Palestine toute entière.

Le Hezbollah par contre est un mouvement qui est né en 1984 après l'occupation Israëlienne du sud Liban. Ce mouvement est un mouvement de communauté chiite. Il est strictement libanais et n'a jamais fait d'opérations suicides à l'intérieur du territoire Israëlien. Son seul slogan sur ce plan-là est la libération du territoire du sud Liban. Il subit l'influence de l'Iran et il a la bénédiction de la Syrie.


Le déclenchement de la guerre

Bp : Quels étaient les événements qui ont précédé cette guerre?

J.T. : Les événements qui ont précédé cette guerre sont de deux sortes : Il y a d'abord des événements qui se sont produits à l'extérieur du territoire libanais, en Israël. Après les attentats que le Hamas a commis à l'intérieur d'Israël, Perez a bouclé les territoires palestiniens et a infligé des punitions collectives aux Palestiniens. Or, nous avons eu l'impression que ce n'était pas suffisant pour lui, pour son électorat, pour la poussée populaire qu'il y avait en Israël.

A Sharm-el-Sheikh en mars 96, quand il y a eu la réunion des bâtisseurs de la paix, Perez et Clinton ont parlé du Hezbollah en tant que mouvement terroriste. C'était un langage tout à fait nouveau. Nous n'avons pas compris pourquoi : le Hezbollah n'avait rien à faire dans les attentats suicidaires à l'intérieur d'Israël. Maintenant nous savons qu'ils avaient décidé de faire l'opération "raisins de la colère" et qu'il fallait préparer le déclic "technique".

Venons-en aux événements qui se sont déroulés au Sud Liban. Il faut savoir que depuis 1993, il y a un accord tacite non écrit entre les Israëliens et le Hezbollah, qui est le suivant : les Israëliens ne tirent pas sur les civils libanais, le Hezbollah ne tire pas sur le nord d'Israël et le Hezbollah peut faire des opérations militaires à l'intérieur du territoire libanais occupé. Depuis 93, il y a donc la guerre permanente au Sud Liban entre le Hezbollah et l'armée Israëlienne. Si jamais l'un ou l'autre touche des civils, des représailles sont permises. Voilà les termes de cet accord. C'est aussi en raison de cet accord qu'il était pour nous incompréhensible que les Israëliens parlent du Hezbollah en tant que mouvement terroriste.

Le 8 avril 96, un bombardement Israëlien a tué deux civils libanais. Le Hezbollah a vu dans cela un moyen de dire que la trêve était rompue puisque des civils avaient été touchés. Il a tiré des roquettes sur le nord d'Israël.

Le 11 avril, le gouvernement Israëlien a dit que puisque des roquettes étaient tombées sur le nord d'Israël, ils allaient déclencher une opération. Mais nous voyons bien que cette opération avait été préparée d'avance. Ils ne pouvaient pas la déclencher du jour au lendemain.

Voilà le processus du déclenchement de l'opération "raisins de la colère".

Bp : Les élections en Israël ont certainement aussi joué dans cette guerre. Comment penses-tu qu'Israël va continuer dans le processus de la paix qui est quand même profondément menacé?

J.T. : Malheureusement, je pense que même au cas où Perez gagne les élections, il ne sera pas facile de relancer le processus à cause de toute la violence et des fautes politiques qui ont été faites. Mais vous allez me dire que si le Likud passe, ce n'est pas mieux. Et c'est cela l'impasse.

L'impasse c'est que nous n'avons plus d'interlocuteurs pour continuer le processus de paix. Est-ce que le temps va faire que les choses vont reprendre plus facilement? Nous l'espérons car nous n'avons pas d'autre solution.

S'il doit y avoir une négociation et une avancée dans la paix, nous espérons aussi que les américains - et là les européens ont un rôle à jouer - comprennent que dans l'intérêt du processus de paix et d'Israël, les amis d'Israël ne peuvent pas être simplement d'un seul côté. Ils doivent trouver un équilibre, ils doivent permettre à chacun dans cette région d'avoir sa place. C'est comme cela que le processus de paix peut être relancé.

L'Etat libanais

Bp : Comment se porte l'État du Liban?

J.T. : C'est un État très faible, presque inexistant actuellement, mais c'est un État. Durant la dernière opération Israëlienne, pour la première fois, l'État libanais a été mis à contribution dans les négociations. C'est un point d'optimisme pour nous, pour que cet État reprenne sa place. Il faut savoir que depuis vingt ans de guerre, l'État libanais a disparu petit à petit et nous avons connu l'expérience d'un pays sans État. Et je peux vous assurer qu'un pays sans État, en littérature, cela peut être beau, mais en réalité, c'est atroce, parce que le plus fort mange alors le plus petit. Vous ne pouvez rien prévoir, vous devez régler tout vous-même par vos propres moyens, car il n'y a aucune règle, aucun règlement : en payant des bakchichs, en faisant avec le clientélisme, vous vivez sans pouvoir prévoir ce qui peut vous arriver demain.

Bp : Quelle est la situation de cet État après la guerre?

J.T. : Durant la guerre, pour la première fois depuis 1975, il y a eu une unité nationale. C'est une réalité. Je la mets entre guillemets car je ne sais pas si cela va être un mythe fondateur ou bien si c'est vraiment un sentiment d'injustice qui s'est manifesté durant un certain temps.

Réellement, pour la première fois, nous avons pu voir une population unifiée, ce qui a permis aussi qu'un premier ministre du Liban puisse sortir et avoir une envergure internationale et parler au nom du pays. S'il parlait au nom du parti du pays, ce que nous avons vu durant la guerre civile, il aurait parlé et une moitié de la population aurait dit non. Pour la première fois, le premier ministre a pu avoir un discours au nom du Liban et des Libanais, toutes communautés confondues. C'est une chose nouvelle.

Le Hezbollah après la paix

Bp : Si la paix se réinstalle au Liban, et si le sud du Liban est libéré, que va-t-il advenir du Hezbollah?

J.T. : Le Hezbollah continuera d'exister en tant que mouvement politique et cela surtout après les derniers événements. Le Hezbollah a été légitimé et on lui a donné une audience plus grande. Je pense que s'il n'y a pas de présence Israëlienne au sud Liban, le Hezbollah, en peu de temps, perdra de son influence. Les gens ne sont pas très chauds pour les thèses religieuses qu'il défend. Je m'explique : les chiites du Liban ne sont pas conservateurs. Ce sont des gens qui ont pris l'habitude de vivre, de boire et de faire la fête. C'est difficile de demander à leurs femmes de remettre le tchador et de revenir à une vie religieuse stricte. C'est pour cela que le Hezbollah lui-même, au début de sa création, avait des slogans religieux. Actuellement, il n'en parle plus. Il n'a plus qu'un seul slogan, et il en fait son levier politique, c'est de libérer le territoire du Sud Liban. Une fois ce but atteint, je pense qu'il perdra rapidement de son audience.

Bp : A la limite, on peut dire que plus rapidement la paix se fera par la libération du territoire libanais, moins de chances le Hezbollah aura de se constituer une couche d'électeurs ou d'adhérents assez forte dans la population du Liban.

J.T. : Tout à fait. Si Israël avait pour objectif d'éliminer le Hezbollah, alors elle a échoué. Le Hezbollah a été renforcé par cette opération. Si l'objectif est de limiter l'audience des mouvements fondamentalistes dans la région, plus la question politique peut être réglée rapidement, moins les mouvements fondamentalistes auront de terrains.

Les Palestiniens

Bp : Au Liban, il y a encore un certain nombre de camps de Palestiniens. Que va-t-il se passer avec les Palestiniens au Liban, dont on ne parle pas jusqu'à présent dans les accords de paix entre l'OLP et Israël?

J.T. : Les Palestiniens du Liban ne sont actuellement pas inclus dans les négociations entre l'OLP et Israël. Ils ne le seront pas si on croit les documents Israëliens qui circulent. Dans ces papiers, les Israëliens disent expressément d'exclure les Palestiniens, réfugiés de 48, ne seront pas inclus dans les négociations. Nous pensons que vraiment on ne va pas en parler. Il s'agit d'à peu près 450,000 personnes qui vivent au Liban. En imaginant qu'il y ait une partie qui va émigrer, soit vers des pays arabes, soit à l'étranger, la majorité va rester sur le territoire libanais.

Là il faut avoir le courage politique de dire que pour cette population qui va rester au Liban, il faut préparer le terrain pour qu'elle soit intégrée à l'intérieur du Liban. Il n'y a pas d'autre solution. Jusqu'à maintenant, cette intégration n'était pas possible à cause de deux facteurs. D'abord, ces Palestiniens étaient en attente. On ne savait pas s'ils allaient rentrer ou pas. Ensuite à cause de leur statut juridique, ils ne pouvaient pas sortir de leurs camps et politiquement on ne pouvait donc pas les intégrer.

Maintenant qu'ils ne peuvent plus rentrer, la question se pose de savoir si on doit les jeter à la mer, ou si on doit les intégrer. Je pense qu'après tous les malheurs que nous avons vécus au Liban, les intégrer serait la meilleure solution.

Le processus de paix

Avant...

Bp : Venons-en au processus de paix au Liban. Qu'est-ce qui a fait que ce processus ait avancé et qu'est-ce qui a fait que vous ayez confiance dans ce processus?

J.T. : Nous pensions dès le départ que ce processus de paix n'était pas équitable, mais nous avions commencé à nous dire que cela pouvait être une première étape et que les choses peuvent se rééquilibrer après. En voyant que les Palestiniens et Israëliens étaient arrivés à un premier accord, même s'il n'était pas idéal, que la Jordanie avait signé un traité de paix avec les Israëliens, de même que le Maroc, le Quatar, Oman, enfin plein de pays avaient commencé à avoir des relations diplomatiques ou des représentations avec l'Etat d'Israël, nous avons eu l'impression que cette paix (américaine), qui n'était pas juste, équitable, avait au moins le mérite de commencer à exister et qu'elle empêchait les guerres d'arriver. A partir de ce moment-là, nous nous sommes dit que même si notre wagon allait être raccroché à ce train de la paix un peu plus tard, c'était une bonne chose. Nous nous attendions à ce que la prochaine étape soit une étape des négociations Israëlo-syriennes et Israëlo-libanaises.

Bp : Avec quel objectif?

J.T. : Les Syriens avaient été assez clairs dans leur demande : une paix totale à condition d'avoir le Golan entièrement. La grande question était de savoir quelle serait la place du Liban là-dedans. Est-ce qu'il serait sous domination syrienne ou est-ce qu'il y aurait une possibilité d'avoir de nouveau une indépendance. Cette question, qui peut paraître très importante pour nous, peut venir en deuxième lieu une fois que la paix sera installée dans la région, car nous aurons les moyens de nous battre pour avoir notre indépendance complètement.


Par contre, la dernière opération "raisins de la colère" a remis tout cela en question. La violence avec laquelle Israël a frappé nous fait de nouveau penser que tout le discours de la paix n'était que vernis. Nous voulions y croire, mais c'était une paix où il y avait un gagnant et un perdant. Pour qu'il y ait une paix réelle, il faut que les deux parties puissent trouver leur place. Cette dernière opération, à mon avis, ne nous permet pas d'avoir une place, et c'est cela qui est le plus dangereux.

...la guerre

Bp : Un acteur lointain, mais important dans ce processus de paix, ce sont les États-Unis. Quel est leur rôle et qu'elle était leur position lors de l'attaque Israëlienne?

J.T. : Il est évident que depuis qu'il n'y a plus d'Union soviétique, il y a une seule force qui compte. Malheureusement, l'Europe ne compte pas pour grand chose. Les États-Unis ont montré durant et après la guerre du Golfe, une suprématie et une main-mise sur cette région. Le projet de paix initié par les États-Unis, apportait aux gens une garantie importante constituée par la puissance internationale.

Mais ce processus de paix, comme je l'ai dit, dans l'opération "raisins de la colère", a été mis en difficulté par Perez et a été aussi mis en difficulté par la position des américains. Vous ne pouvez pas être le garant d'une paix et en même temps prendre position complètement pour une partie en négligeant l'autre.

Bp : Pourtant, le processus de paix n'a pas été initié uniquement par les Etats-Unis, il y a aussi des intellectuels d'Israël et du Liban et les mouvements populaires de tous les cìtés qui sont en faveur d'une paix et qui ont beaucoup travaillé pour cette paix.


J.T. : Vous avez complètement raison, nous ne devrons pas sous-estimer ces mouvements. Ce que je voulais dire c'est que les États-Unis avaient patronné cette paix. Politiquement, c'est une réalité, que cela nous plaise ou non. Aujourd'hui, la force qui patronne et qui arrive à faire avancer les choses c'est les États-Unis.

Maintenant, pas mal de forces dans la région commencent à voir que ce patronage pèse lourd, je viens de dire pourquoi, et c'est pour cela peut-être que l'Europe aurait intérêt à avoir une place.

Comment continuer?

Bp : Comment évaluez-vous en conclusion le résultat de la paix au Proche Orient?

J.T. : Le résultat concernant le Liban est catastrophique, les dégats matériels et psychologiques sont énormes, mais le résultat sur la paix en général dans la région est très grave. Ceci parce que ce projet de paix tenait sur deux choses.

Premièrement, l'image d'Israël, forte et puissante, qui pourrait, avec son armée, détruire tout le monde, commençait à ne plus être mise au premier plan. Or, dans cette opération, que revoit-on? Comme il y a 20 ou 30 ans, une armée techniquement forte qui peut écraser tout le monde. Ensuite, nous voyons de plus en plus que les parrains de cette paix, qui sont les États-Unis, ont vraiment deux poids et deux mesures et la population commence à ne plus l'accepter. Il y a eu un massacre de civils à Cana au sud Liban. Ces civils étaient sous la protection et dans les locaux des Nations-Unies. Personne n'a trouvé, ni les États-Unis, ni Israël, que cela valait la peine de ne pas simplement s'excuser, mais que c'était un drame assez abominable qu'il fallait condamner. Or, les gens se souviennent qu'à Sharm-El-Sheikh deux mois avant, le monde entier était venu déplorer la violence et condamner les attentats en Israël.


Or depuis, les relations entre les pays arabes et Israël ont pratiquement été gelées. La réaction de la presse égyptienne est révélatrice, elle n'a jamais été aussi violente depuis Nasser. Cette presse qui, en principe, est une presse d'état, est une soupape de sécurité. Quand la presse commence à écrire, c'est que les gens commencent à avoir une situation intenable.

Un autre exemple : tous les responsables arabes étaient présents à Sharm-El-Sheikh. Il y a deux jours, à Paris, il y avait à l'UNESCO l'ouverture d'un square de la tolérance que nous avions appelé le square "Isaac Rabin". Tous les pays arabes ont boycotté ce square. Ce sont les conséquences directes de cette agression Israëlienne. Le risque que tout le projet de paix soit en panne aujourd'hui est tout à fait réel.

Cette interview a été enregisitré le 6 mai au CITIM et complété par un certain nombre d'interventions que Joseph Thomé a faites le même jour lors d'une conférence donné dans le Hall Victor Hugo au Limpertsberg à Luxembourg.




Entretien 2006

Voici une deuxième entrevue avec Joseph Tohmé, aussi réalisé par l'ASTM mais à l'automne 2006.

Pour vous qui avez vécu la précédente guerre du Liban, en quoi celle-ci diffère-t-elle?

J.T. : La guerre que nous venons de vivre diffère des précédents conflits qui se sont déroulés au Liban. Par la destruction systématique des infrastructures publiques nécessaires au bon fonctionnement du pays, elle s‘apparente à une punition collective infligée à l‘ensemble de la population, bien que certaines régions aient été plus particulièrement visées que d‘autres. En cherchant à tout prix à mettre le pays à genoux, Israël a privilégié une logique de destruction aveugle par rapport à une stratégie militaire efficace. Pour quelle raison Israël s‘est-il comporté de la sorte? Je suppose que l‘État hébreu, dont les objectifs affichés étaient mouvants et imprécis, a compris que le label «antiterroriste» lui conférait le droit de s‘émanciper toujours un peu plus des «contraintes» du droit international et lui accordait le temps nécessaire pour rétablir sa force de dissuasion qu‘il jugeait amoindrie. En agissant ainsi, Israël a lancé un coûteux message aux puissances régionales qui savent désormais que le principe de proportionnalité ne sera pas de rigueur en cas d‘attaque contre les intérêts israéliens. Le propos du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a déclaré que son organisation n‘aurait pas pris le risque de déclencher ce conflit s‘il avait été conscient de l‘ampleur de la réaction israélienne est en cela éloquent. Autres particularités de ce conflit : le déplacement de plus du tiers de la population libanaise en à peine une dizaine de jours et la solidarité qui s‘est exprimée entre les libanais, au-delà des appartenances politiques et confessionnelles. Sur ce point, il est important de souligner que cette solidarité humaine ne s‘apparente pas à un ralliement de la population à l‘action armée du Hezbollah.

Lis la suite de l'entretien sur le site de

 





 

Recherche : Virginie Poirier et Webédition : Chadi



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