C'est l'histoire d'une cigale. Connaissant la vieille fable de son aïeule, celle-là se prenait en main. Pleine d'ambition et de talent et inspirée par les fourmis ses voisines, elle s'était mise à l'ouvrage. Son projet : construire une super réserve à provisions pouvant contenir assez de victuailles pour assurer plusieurs années de bonne chère. Les travaux allaient bon train et, à l'automne, la cigale inaugura son entrepôt en grand. Mais, n'ayant pas cherché de nourriture de l'été, l’entrepôt resta vide tout l'hiver et elle dût quand même se résigner à quémander ses voisines.
Côté sciences et techno, la capitale du Québec aussi est pleine d’ambition et de talent. À preuve : des douze projets priorisés par les leaders économiques de la région, il y a un peu plus d'un mois pour assurer la prospérité de notre région, dix relèvent directement des sciences et de l'ingénierie (Le Soleil, 4 mai 2007, p. 41). La future Neurocité, par exemple, nécessitera à elle seule des investissements de 250 millions de dollars et générera 2 000 emplois sur 10 ans (Le Soleil, 1er juin 2007, p. 6).
Optique etphotonique, technologies géospatiales, nutraceutiques, matériaux verts et intelligents... Autant de créneaux d'excellence qui devraient assurer l'avenir de la région en offrant des milliers d'emplois hautement qualifiés. Mais ces postes, qui les comblera? Près de 20 % de nos jeunes ne finissent pas leur secondaire, et bien que les jeunes de 15 ans performent bien ensciences et mathématiques, à peine 3 élèves sur 10 complètent les préalables en sciences et mathématiques.La région a connu une baisse de 12 % des inscriptions en sciences de la nature au collégial et la Faculté des sciences et de génie de l'Université Laval a noté une baisse de 13 % dans ses cohortes de premier cycle au cours des cinq dernières années.
La Neurocité est un projet extraordinaire, mais pour étudier le cerveau, il faut des cerveaux... Nous ne sommes pas les seuls à constater le déficit de carrières scientifiques chez nos jeunes. Chez CGI, a croissance constante dans le secteur des technologies de l'information oblige l'embauche de dizaines de finissants chaque année et la pénurie qui s’en vient commence à inquiéter (Le Soleil, 31 mars 2007, p. 43). D'ici quelques années, les dirigeants deTeraXion auront besoin de 400 employés spécialisés en optique et en photonique (Le Soleil, 25 mai 2007, p. 39). Le 1er juin dernier (Le Soleil, p. 9), l'Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale, à l’instar de plusieurs secteurs inquiets, annonçait le début d'une vaste campagne pour intéresser les jeunes aux métiers de la santé et tenter de combler les milliers de postes qui se libéreront d'ici trois ans.
Trois ans! Aussi bien dire demain! L’affaire c’est que les planifications d’effectifs comptent déjà ce jeune homme de 17 ans qui commence sa technique au cégep et cette jeune femme de 20 ans qui débutera sa deuxième année de bacc. A l’automne. Qui sont ceux qui s’ajouteront à eux? Quel âge ont-ils en ce moment? Ils ont entre 4 et 17 ans. Même que ceux de 14 ans choisiront dans quelques mois s’ils poursuivent dans le vaste domaine des sciences. Dans 10 ans, ce sera au tour de celui qui n’a que 4 ans aujourd’hui.
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Pas besoin d’un gros calcul pour réaliser qu’il faut voir à long terme! Pour réduire l’impact de la pénurie de main-d’oeuvre, il faut s’intéresser aux motivations et aux rêves des jeunes de 4 à 17 ans, et ce, avant que 70 % d’entre eux disent « non » dès le secondaire III, aux possibilités du monde scientifique. Et détrompons-nous! Les jeunes ne sont pas moins intéressés qu’avant aux sciences. Il y a seulement moins de jeunes (effet démographique) et plus de besoins en main-d’œuvre spécialisée (économie du savoir).Que fait-on alors pour grossir les rangs des « petits débrouillards »? De belles choses en fait, mais avec trop peu de moyens et c'est là le problème. L'intéressement aux sciences est un train qui passe tôt dans la vie d'un jeune et il ne faut pas le manquer. Le gouvernement du Québec investit à ce jour 3,7 millions de dollars par année dans tout le Québec pour la culture scientifique et la relève. C’est bien peu en comparaison des investissements publics chez l’un de nos voisins :55 millions par année à deux musées scientifiques d’Ottawa, 3 millions au Centre des sciences de Sudbury, 17 millions au Centre des sciences à Toronto…
De plus, les écoles primaires ont à leur disposition des enseignants pour la musique, l'éducation physique, l'anglais et les arts plastiques, alors que les sciences sont à la charge d’enseignants. Nous connaissons des enseignants du primaire qui sont très à l’aise dans l’enseignement des sciences mais ce n’est pas la majorité. Pas facile pour un enseignant du primaire d’allumer une passion pour les sciences alors que, comme beaucoup de ses collègues, il n’a pas suivi le parcours de base en sciences lorsqu’il était adolescent.
Dans la région, le projet de Centre d’exploration en science et technologie pourrait être une partie de la solution. Le Centre d’exploration est un lieu qui fait vivre aux familles, aux jeunes et aux curieux, une expérience inspirante en sciences et technologie, qui donne le goût d’apprendre, d’innover et de contribuer à développer sa communauté. Prenez les 20 plus grandes villes du Canada. Québec arrive au septième rang. Elle est pourtant la seule des 20 à ne pas être dotée de ce type d’infrastructures qui se classent parmi les outils les plus complets et efficaces pour allumer l’intérêt en science et technologie. Dans le monde, c’est plus de 1 500 centres de sciences qui composent la toile internationale de ce secteur d’activité, avec des associations en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique. Les connaissances et l’innovation dépendent des gens. La curiosité, le goût d’apprendre tout au long de sa vie, l’esprit entrepreneurial, la ténacité, l’audace de prendre des risques, de s’adapter aux changements et même de le favoriser se forgent principalement dans notre enfance et dans notre famille. Une fois adulte, il est exigeant pour l’humain de changer et de développer ces attitudes et aptitudes, essentielles à l’innovation.
Qui d'entre vous peut dire sans rire qu'il connaît les réalisations des entreprises nommées plus haut CGI et TeraXion? On pourrait pourtant en faire des modèles car les innovations de ces entreprises d’ici se démarquent sur les scènes nationale et internationale et leurs chiffres d'affaires sont bien supérieurs au salaire d'un joueur de hockey, ce qui n'est pas peu dire... Notre région est savante et innovante et elle crée de la richesse en utilisant sa matière grise; à nous de partager la fierté, les rêves et les possibilités aux générations suivantes.
Actuellement, la Boîte à science, comme des dizaines d’organismes à travers le Québec, fait des pieds et des mains pour faire de l’intéressement des jeunes et des familles à la science et la technologie, une vraie priorité québécoise. Mais leurs actions resteront limitées sans les fonds qui permettraient d’agir de façon responsable envers nos enfants et ceux qui font la recherche et développent nos belles entreprises. Investir 250 millions de dollars dans un projet de l'ampleur de la Neurocité, c'est faire preuve de vision. Mais hésiter à investir 4 millions par année pour un Centre d’exploration, c'est manquer de cohérence. Parlez-en à la cigale...
Joël Leblanc, éducateur scientifique, Boîte à science
grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.




