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Jimi Hendrix, l'envolée psychédélique
Alexis CAMPION


  
jimi hendrixEn 1967, Jimi Hendrix n'a pas 25 ans qu'il entre à pieds joints dans le grand livre du rock. Dix ans plus tôt, il vit encore à Seattle auprès de son père, Al, danseur afro-américain au chômage, vaguement séparé de sa mère, Lucille, métisse cherokee, fêtarde instable, emportée à 33 ans par une cirrhose précoce. Adolescent taciturne, Jimi ne rêve que de science-fiction et d'avions...
Jimi Hendrix, une légende du rock, disparue à 27 ans. Le rock en orbite Un rêve qui le poussera à s'engager en 1960 chez les parachutistes de l'US Air Force. Une expérience à jamais gravée dans son fameux Purple hazeExcuse me while I kiss the sky: Excusez-moi pendant que j'embrasse le ciel»), et dans son jeu de guitare en général, imprégné, dit-on, du souffle du vent...

Car son autre passion, transmise par ses parents amateurs du blues de Muddy Waters et des facéties de Fats Waller (ils se sont connus à un de ses concerts), c'est sans aucun doute, dès 1957, la musique. Qu'elle soit gospel, blues, soul ou rock. Petit, Jimi a déjà tâté de l'harmonica, du violon. Sans suite. À Seattle, fin 1957, il découvre Elvis Presley au stade devant 15 000 fans et, brûlant de jouer, troque son ukulélé de fortune contre une Supro Ozark blanche, sa première guitare, offerte par son père. Les dés sont jetés.

Dix ans durant, à l'oreille et sans jamais chercher à lire les notes, Hendrix apprend tous les riffs imaginables, écoute à plus soif Chuck Berry, Fats Domino, Buddy Holly, Bo Diddley... jimi hendrixIl poursuit ses classes en cachetonnant pour les Isley Brothers, Ike Turner, Curtis Knight, Little Richard. Sa réputation de gaucher virtuose et gourmand d'effets en tout genre (pédales fuzz et wha wha avec saturations, larsens, trémolos, crissements) s'impose courant 1966 à New York. Equipé d'une Stratocaster dernier cri et amplifiée à outrance, Hendrix se produit alors au modeste café Wha ?. Sur un répertoire de reprises (Bob Dylan, Troggs, Billy Roberts), il peaufine déjà ses solos orgasmiques, son instrument se faisant tour à tour fétiche et démon, maîtresse et phallus, concentré de tous ses désirs et pulsions. Toujours fauché, il squatte à Harlem chez la jolie Faye, une ex-de Sam Cooke.

Le Daily Mirror parle d'un "sauvage de Bornéo"jimi hendrix

Linda Keith, fiancée de Keith Richards et inconditionnelle de la première heure, lui présente le bassiste anglais Chas Chandler, alors sur le point de quitter The Animals. Ébloui, Chandler se transforme en manager et l'embarque en Angleterre contre quelques dollars et... la promesse de rencontrer le «Dieu» de la guitare : Éric Clapton. À Londres, fin 1966, look de seigneur hippie fleuri et fringant, Hendrix opte sans tarder pour la formule trio, comme Cream. Il recrute illico le docile bassiste Noel Redding, dont il loue surtout la coiffure en pétard copiée sur la sienne («l'énergie des vibrations électriques», dira-t-il), et le fougueux batteur Mitch Mitchell, débarqué du jazz (Elvin Jones).

Déjà, toute l'aristocratie rock locale défile pour découvrir le prodige : Eric Clapton blême, Jeff Beck, Pete Townshend, Brian Jones, etc. Tous sont ébahis devant sa liberté, son jeu révolutionnaire et ouvertement sexuel, le tout couronné, bien sûr, par un charisme puissant, pied de nez aux canons de beauté de l'époque. Le Daily Mirror parle d'un «sauvage de Bornéo». Mais la jeunesse, pas dupe, a déjà repéré un artiste original dont la fière allure exprime, à elle seule, des siècles d'espoir et de rage face à la ségrégation. Les publicistes, eux, tirent sur la corde du bon sorcier, lui suggérant de mettre le feu à sa guitare pour lancer sa tournée avec Cat Stevens et les Walker Brothers.

jimi hendrixIl faut honorer des dates afin de payer les factures

Problème, le groupe est sans le sou. L'enregistrement de Are you experienced est encore en chantier, au studio Olympic, en banlieue de Londres, qu'il faut filer honorer des dates afin de payer les factures, comme en octobre 1966 à l'Olympia, en première partie de Johnny Hallyday. Les succès foudroyants des singles Hey Joe et surtout Purple haze (nom d'un cannabis aux reflets violets) permettent l'aboutissement de l'album, composé à une vitesse étourdissante. À part Hey Joe, Hendrix revendique tous les titres, somme compacte de dix années d'un apprentissage passionné.

Par son aspect combatif et brut, à la fois éclectique et spirite, pétri de références à l'héritage amérindien, le disque s'en ressent. Il mêle blues du Delta (Red house), envolées soul (Remember) et rock du plus bel acabit (Manic depression, The wind cries Mary, May this be love), sans oublier les prophéties pour le moins pop et funky de Foxy lady, Stone free et Fire. Ces belles embardées posent aussi les bases du futur hard rock, ouvrent la porte au «cri hendrixien». La guitare déploie toute une gamme d'harmonies et de couleurs jimi hendrixnouvelles : psychédéliques. Les montées expérimentales de Third stone, Love or confusion et Are you experienced, mêlant transe cherokee et visions sous marijuana ou acide, sont des modèles du genre, des morceaux tombés du ciel qui résonnent comme d'authentiques rituels initia-
tiques.

Succès artistique et commercial immédiat, Are you experienced catapulte Jimi Hendrix au centre de mille pressions qui, la drogue et l'avidité des managers sans scrupule (Mike Jeffery) aidant, font déjà de lui un artiste moitié souverain, moitié bête de foire. Aux USA, le lancement du disque passe par le festival californien de Monterey. Il s'agit bien de l'incendiaire Fire que Jimi a joué en juin 1967, allant jusqu'au bout de sa rage sensuelle et virtuose, prosterné devant sa guitare en feu. Ce soir-là, «l'expérience» du Summer of love est irréversible : sexe, drogues, rock'n'roll.
 
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Le site officiel de Jimi Hendrix

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Textes : Alexis CAMPION, Le Journal du Dimanche
Webédition : Kessler Alexandre



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