
En 1970, suite à la crise du pétrole, plusieurs pays ont lancé des programmes nationaux pour alléger leur facture énergétique et réduire leur dépendance face à cette ressource C’est à ce moment que l'éthanol ou alcool éthylique s'est établi solidement comme carburant de substitution ou économiseur pour les automobiles. En plus de diminuer le coût, le bio-carburant produirait moins de pollution et stimulerait la production agricole de blé, de maïs, de betteraves ou de canne à sucre. Face à ce nouvel Eldorado, les écologistes nous disent attention ! Si l’éthanol permet de consommer moins d'énergie, sa production de masse s’avère néanmoins très polluante. Faisons le point.
L’exemple du Brésil «Au Brésil, grâce à l’éthanol, la production de gaz à effet de serre a baissé de 13% en quelques années, bien davantage que ce que demande le protocole de Kyoto» indique-t-on dans un reportage d’Arte.TV. On y vend désormais plus d’alcool que d’essence. D’ailleurs, de l’essence pure, il n’y en a plus au Brésil : pour des raisons environnementales, elle est au minimum coupée avec 25% d’alcool.
Le marché de l’alcool a explosé notamment grâce aux voitures FLEX, c’est-à-dire bicombustibles, essence ou alcool, c’est vous qui choisissez. L’engouement du public est tel que tous les grands constructeurs doivent s’y mettre : General Motors, Renault, Peugeot, FIAT, pas une gamme, désormais, sans moteur bi-combustible.
« On estime que d’ici un à deux ans, 80 à 90% de tous les modèles vendus au Brésil seront dotés de la technologie FLEX Sao Paulo, 20 millions d’habitants avec son agglomération, la 3ème ville du monde. Une circulation folle, et en y regardant bien, des pots d’échappement extrêmement discrets. L’élimination des résidus de plomb a eu un effet bénéfique incontestable. La qualité de l’air est devenue correcte, Sao Paulo retrouve de vrais couchers de soleil.
Autonomie énergétique
Avec l’éthanol, enfin, s’ouvre la possibilité de faire un pied de nez aux producteurs de pétrole. Aux États-Unis, la production d'éthanol augmente de 30 % par année. En Allemagne, le bond est de 50 % et la Chine vient d'ouvrir la plus grande plantation destinée à l'éthanol. La Suède, le leader européen dans la construction d’automobiles avec moteur bi-combustible, va même jusqu’à réutiliser l’alcool de contrebande pour la convertir en bio-carburant.
Au milieu de l'année 2002, cinq usines produisant du carburant à l'éthanol étaient en exploitation au Canada : une en Alberta, une en Saskatchewan, une au Manitoba et deux en Ontario pour une production totale de 200 millions de litres. Récemment, le gouvernement fédéral s'est engagé à allouer 2 milliards de dollars aux carburants renouvelables au Canada.De plus, le gouvernement du Québec a annoncé l'objectif d'avoir 5 pour cent de carburants renouvelables dans toute l'essence vendue dans la province d'ici 2012. Pour l’aider, une nouvelle usine d’éthanol à Varennes. Au cours des six premiers mois, elle a produit 60 millions de litres d'éthanol carburant. L'ajout de cet éthanol à l'essence permettrait de réduire les gaz à effet de serre de 90 000 tonnes, l'équivalent de retirer 15 000 voitures de nos routes. Avec ces cinq usines, Ethanol GreenField compte produire plus de 700 millions de litres d'éthanol par année d'ici 2008. Son carburant est offert dans plus de 1 500 stations service, partout au Canada.
Développement économiqueEthanol GreenField a été profitable pour les agriculteurs locaux ayant acheté 25 millions de dollars de mais jusqu'à présent soit 150 000 tonnes en six mois.
Ce qui fait la joie des fermiers. Et le phénomène se reproduit partout. Ce qui fait penser qu’un certain nombre de pays, aujourd’hui pauvres, pourraient demain se lancer dans l’éthanol. « Les pays de la zone tropicale, principalement les pays de l’Afrique sub-saharienne, ont de bonnes conditions météorologiques pour devenir des grands producteurs d’éthanol, ils ont les terres disponibles et même les conditions hydriques, suffisamment de pluie, il y a d’autres pays d’Asie aussi ,et quelques uns en Amérique latine aussi.» souligne Isaïas MACEDO, Professeur Université de Campinas. Celui-ci croit même que le Brésil peut se transformer en Arabie Saoudite du XXIème siècle… mais cette fois avec une énergie renouvelable.
Objection votre honneur !
Les écologistes et environnementalistes ne partagent pas tout à fait l’enthousiasme des pro-éthanol. Le premier reproche fait à ce biocarburant est les énormes quantités de végétaux nécessaires à sa fabrication, alors même que ces plantes sont normalement dévolues à l'alimentation humaine. Ainsi, pour faire le plein d'un gros 4x4, il faut 200 kg de maïs, soit assez de calories pour nourrir une personne une année durant... Or, la consommation mondiale de biocarburants ne cesse d'augmenter, encouragée par de plus en plus de pays.

Un deuxième reproche est que cet engouement nouveau pour les biocarburants risque de provoquer une véritable flambée des prix alimentaires. Les tensions créées par le développement des biocarburants sur les prix alimentaires menacent la sécurité alimentaire des plus démunis. Lorsque le prix réels de certaines denrées augmente, les plus pauvres se reportent sur d'autres produits moins chers ou moins sujet à l'inflation de leur prix. Mais si l'ensemble des denrées augmentent, cette substitution n'est plus possible.
Un troisième reproche vise la pollution engendrée par la production d’éthanol. En outre, la culture du soja et du maïs érode les sols, exige une grande consommation de carburant et pollue les nappes phréatiques à cause des engrais et des pesticides répandus en grandes quantités.
C'est ainsi que les pays ayant considérablement développé la culture de la canne à sucre, à fin alimentaire, comme les petits pays antillais, sont aussi ceux qui utilisent le plus d'engrais à l'hectare. De plus, si les rejets de CO2 sont réduits, par rapport aux hydrocarbures, d'autres polluants sont dégagés par la combustion des biocarburants, comme le dioxyde d'azote.«Si l’on tient compte que la culture du maïs est l’une des plus dispendieuse qui soit et mis en balance avec les inconvénients, le ratio énergique net de ce biocarburant (rapport entre l'énergie produite par le carburant et celle consommée par sa fabrication) n'est pas si intéressant que cela.» concluent ses détracteurs.
Solutions de rechange
Des solutions, pourtant, existent. Par exemple, celle de fabriquer du biocarburant à partir de plantes non comestibles, telle la Jatropha curcas (encore appelée Pourghère, Pignon d'Inde ou Médicinier, voir ici) qui est vénéneuse. Plante d'autant plus pratique qu'elle pousse presque sans soin et peut vivre 50 ans. Mais elle vit dans les régions tropicales.
Ailleurs, la solution peut venir de l'éthanol cellulosique. Cette sorte d'éthanol est produite grâce à toute sorte de matière végétale, comme les tiges de maîs, la paille de blé, les copeaux et la sciure de bois, etc. Malheureusement, le développement de cette filière est pour le moment entravée par les coûts de fabrication plus élevés. Enfin, il semblerait que l'on puisse fabriquer du biocarburant à partir des graisses des restaurants... L’hypothèse du Doc Emmet Fox dans Retour vers le futur ou la Delorean peut carburer aux déchets ne se réalisera pas dans cette décennie. Mais!Webédition : Louis Ouellette

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