Dans le merveilleux film "La gloire de mon père" (1990) qui relate les souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol, souvenirs qui remontent au début du 20e siècle, le père se moque d'un collègue de travail qui s'est fait prendre en photo avec une belle prise de pêche durant les vacances : "Vous vous êtes fait prendre en photo... avec un poisson ?" s'étonne-t-il.
Selon une étude d'un cabinet d'analyse menée à partir des États-Unis, quelque 620 milliards de photos seront prises en 2007 comparativement à 120 milliards en 2003. Qu'en penserait le père de Pagnol ? Toujours selon cette étude, le nombre de photos prises à l'échelle planétaire augmente de 18 % chaque mois. Cela sans compter les photographies prises à l'aide de téléphone cellulaire
Propriétaire de la boutique Photolux de Châteauguay, Nicole Delsemme observe de près ce phénomène. "Le numérique est là depuis quelques années mais c'est à Noël dernier que j'ai remarqué les plus gros changements chez ma clientèle." Aujourd'hui, cette femme d'affaires estime qu'il n'y a plus que 15 % de sa clientèle qui utilise encore des films pour faire de la photo.
Une telle explosion dans le monde de la photographie fait en sorte de banaliser la photo, allègue Mme Delsemme. "Aujourd'hui, beaucoup de gens s'improvisent photographe", dénonce-t-elle.
Photographe professionnel depuis plusieurs années, Jacques Turcot, de Châteauguay, est du même avis. "Je fais de la photo industrielle pour des publicités et parfois, certains clients trouvent que je coûte cher. Ils essaient donc de prendre eux-mêmes les photos, voient les résultats... et reviennent me voir ! C'est comme comparer n'importe quel peintre amateur qui peinture ses murs chez lui avec Picasso ou Léonard De Vinci. C'est vrai que les trois étendent de la peinture mais on n'a pas les mêmes résultats ! "
Plus de photos
Daniel Paillé habite Châteauguay. Comme bien des gens aujourd'hui, il trimballe souvent avec lui son appareil numérique. Récemment, il a envoyé quelques photos d'un accident qui venait tout juste de se produire rue Laval à Châteauguay.

Avant l'ère du numérique, M. Paillé estime qui prenait environ huit films de 24 poses par année soit près de 200 images. Aujourd'hui, M. Paillé affirme prendre beaucoup plus que 200 photos par mois.
"J'apporte régulièrement mon appareil numérique avec moi et ce, beaucoup plus souvent qu'avant, avec les anciens modèles. La photo numérique est très peu dispendieuse et on peut prendre une quantité illimitée de clichés ce qui réduit encore plus les coûts", estime-t-il.
Artisan de métier, M. Paillé aime bien prendre des photos de l'avancement des travaux. "Cela m'aide à réaliser de nouveau le même genre de projet. Des photos prises avant et après sont parfois des plus impressionnantes", soutient-il. "En ce moment, par exemple, je fabrique un four à pain extérieur en glaise selon des méthodes anciennes. Mes photos serviront à immortaliser cet événement. Un bel exemple du mélange des méthode modernes et anciennes!"
Des images virtuelles
Fait à noter, d'après les statistiques, un tiers des photographes numériques n'impriment aucune de leurs photos alors que 10 % les impriment toutes. "Les jeunes n'impriment pratiquement jamais leurs photos", note Mme Delsemme. "Ils se contentent, pour la plupart, de les regarder à l'écran de leur ordinateur. Mais ma clientèle plus âgée aiment bien encore faire développer ses photos."
"Bien des gens qui s'étaient acheté une imprimante pour leurs photos reviennent nous voir quand ils constatent à quel point les cartouches d'encre et le papier coûtent cher", ajoute Mme Delsemme.
Pas inquiètes
Laurence Daoust est une adolescente bien de son temps qui carbure au numérique : caméra dans une main, cellulaire dans l'autre, son univers est virtuel même si ses amis ne le sont pas. "Je n'imprime à peu près jamais mes photos que j'envoie sur mon site Piczo. S'il devait arriver quelque chose à mon ordi, je pourrais toujours aller les chercher sur mon site", explique tout bonnement l'adolescente. À ses côtés, son amie Bianca Picard partage son avis. "Mes photos sont sur mon Piczo et je pourrai toujours les retrouver", indique-t-elle.


grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.





